Témoignages Aide à la famille



"En brisant le silence, on brise l'isolement;
et en brisant l'isolement, on s'ouvre à la vie."

Andrée-Anne S.


Au mois de décembre 2005, je me suis inscrite au Programme d’aide à la famille de la Maison Jean Lapointe. En fait, c’était mon cadeau d’anniversaire.

À mon arrivée, j’avais le cœur en miettes, j’étais épuisée. J’avais accumulé tant de peine et ressentais tellement de honte. Je réalisais soudain à quel point j’avais toujours minimisé l’impact de l’alcoolisme de mon père sur ma famille, sur ma vie. En fait, je crois que je n’ai jamais voulu le voir, réussissant toujours par mon perfectionnisme à tout cacher ou à tout contrôler.

J’étais obsédée par une foule de questions depuis plusieurs années. Pourquoi ma vie avait-elle été si difficile et remplie d’obstacles quasi infranchissables? Pourquoi me détruisais-je à jouer des rôles qui ne me convenaient pas du tout et qui me plaçaient toujours dans de sales draps? Pourquoi mes relations avec les autres étaient toujours compliquées et reproduisaient tôt ou tard des schémas fréquents dans ma famille? Pourquoi me sentais-je coupable et responsable de tout? Pourquoi avais-je toujours l’impression d'être différente des autres? Enfin, pourquoi avais-je toujours le sentiment de ne pas habiter mon corps et mon cœur, ne me sentant faite que pour plaire aux autres et être à leur service?

Toutes ces questions et ce mal-être m’accompagnaient lorsque j’ai franchi les portes de la Maison.

Dès la première journée, j’ai réalisé que ce cadeau qui m’avait été offert avait une valeur inestimable. Tout ce que j’entendais résonnait tellement fort dans mes oreilles. Toutes mes peurs, mes craintes, mes désespoirs, mes comportements trouvaient enfin leur écho dans les ateliers auxquels j’assistais. Je trouvais des réponses à mes questions, je trouvais le pansement que je cherchais depuis tant d’années, le pansement pour mon cœur blessé.

À la Maison Jean Lapointe et dans mon groupe de soutien, j’ai trouvé une famille, ma famille. Qui accueille et accepte, sans juger. Un sentiment d’appartenance s'est développé rapidement car tous les témoignages me rappellent que je ne suis pas seule. En brisant le silence, on brise l’isolement; et en brisant l’isolement, on s’ouvre à la vie.

Depuis, j’ai retrouvé ma confiance et j’ai osé ouvrir des portes que j’avais pris soin de tenir fermées à double tour depuis mon enfance : les portes de la créativité. Je viens de terminer l’écriture d’un album pour enfants qui raconte mon histoire; j’y parle de « la maladie qui sentait l’alcool »…



"Sur le plan amoureux aussi, quelque chose était en train de se passer. Quelque chose de magnifique."

Annick S.

La rencontre

Je n'ai jamais accordé d'importance au jeu. Je ne joue pas, je n'aime pas les tirages. Même jouer aux cartes m'ennuie. Je n'achète jamais de billet de loto et je ne rêve pas de gagner le million. Mais il y a trois ans, je suis tombée amoureuse d'un joueur compulsif. Je n'ai pas su tout de suite qu'il avait cette dépendance. Au début, comme dans la plupart des relations, tout était merveilleux, j'avais des ailes et je me sentais profondément heureuse. Cet homme me comblait. Pourtant, si je suis tout à fait honnête, je sentais bien sans vouloir me l'avouer que quelque chose n'allait pas. Je sentais une faiblesse, une insécurité, une indescriptible tristesse... Sans parler des comportements étranges.


Le jeu compulsif est entré dans ma vie

Assez rapidement, j'ai appris par une tierce personne qu'il était un joueur compulsif. Sur le coup, j'ai ri. À cette époque, je ne savais rien du jeu, je ne comprenais pas et ça ne me faisait pas peur. J'en ai quand même parlé avec mon amoureux et je me suis finalement aperçue que ça expliquait bien des choses bizarres dans son comportement. J'ai même vu une sorte de souffrance en lui, mais je ne réalisais pas vraiment l'ampleur des dégâts. Il a été honnête et m'a demandé de l'aider, ce que j'ai accepté, sans conditions. Nous avons vite convenu que je garderais sa carte de guichet et son argent, et que je lui verserais le nécessaire pour ses dépenses personnelles.

Pour moi c'était parfait, j'avais le contrôle sur les sous, il me faisait confiance. J’avais même l'impression que tout cela nous rapprochait, qu'on formait une équipe. Je me disais qu'on était si amoureux qu'on aurait la force de vaincre tous les obstacles, que le jeu n'allait pas nous avoir. J'allais jusqu'à croire que tout était réglé, qu'il n'y aurait plus de problème.

En même temps, une petite voix à l'intérieur me disait que je devais m'informer, trouver de l'aide pour mieux comprendre. Mais je ne le faisais jamais. Il m'arrivait certes d’aller glaner des infos ou des témoignages sur Internet, mais dès que je refermais l'ordinateur, je me disais que notre cas n'étais pas si pire que ça. Que nous deux, on allait s'en sortir ensemble. Et c’est vrai que pendant un moment, il a réussi à être abstinent. Ou du moins, à me le faire croire. Et puis…

Et puis il a eu des premières crises plus graves. Il oubliait nos rendez-vous, rentrait à trois heures du matin, n'avait pas d'argent, passait de longues heures au même bar. Et il a perdu son emploi. Ça me faisait mal mais je pardonnais vite et j'oubliais, jusqu'à la prochaine fois. Il y avait quand même de belles périodes d’accalmie même si le manque d’argent nous privait de nombreuses activités de couple. Quand je voulais faire quelque chose de spécial avec lui, je devais toujours payer, car même s’il ne jouait pas, il était criblé de dettes. J’ai fini par m’habituer à ce mode de vie.

Les crises se sont amplifiées, sont devenues plus fréquentes. Sans que je m’en rende compte, c'était devenu une obsession pour moi aussi, car même dans les moments calmes, j'avais toujours peur qu'il joue. En période de crise il pouvait me harceler pour que je lui donne des sous, j'essayais de lui tenir tête, de refuser, on pouvait y passer la nuit et je devenais très agressive. Je m'empêchais de faire plein de choses pour être près de lui, au cas où. Je ne me rendais pas compte que ça ne servait à rien, j'avais l'impression de l'aider.

J'étais en train de devenir sa mère ou sa thérapeute, je ne laissais plus de place à la personne que je suis ni à l'amoureuse… qui était en train de disparaître. J'ai commencé à me sentir prise au piège dans une relation qui ne me convenait plus du tout. Déchirée entre mon bonheur et ses besoins, j'étouffais, j'avais peur.

J'ai aussi commencé à avoir honte de cette relation et à craindre le jugement des autres. J'ai souvent essayé de minimiser les dégâts, même auprès d’amies très proches. Au fond de moi, je n'ai jamais douté de mon amour pour cet homme, mais notre mode de vie et la dynamique du couple me pesaient. De plus, il n’était pas très présent, ni physiquement parce que souvent au bar, ni mentalement parce qu’obsédé par le jeu.

Il a fallu que tout éclate pour que je me réveille.

Avec beaucoup d'insistance, d'énergie et de contrôle, je l'avais aidé à économiser de l'argent pour un voyage qu’on souhaitait faire ensemble. Un jour, il a joué cet argent. Pour moi, ce fut vraiment terrible. Qu'il joue son argent de poche était très dérangeant, mais je réussissais à passer par-dessus. Mais qu’il joue les économies destinées à un projet commun était pour moi une catastrophe. La goutte de trop. Ce montant représentait des mois et des mois de tension, de surveillance, d’encouragement, d’espoir aussi. Ce jour-là, mes rêves sont partis en fumée. Ce jour-là, j’ai compris que notre avenir était compromis.

Je lui ai demandé de partir. Il s’était mis à déprimer, à perdre le contrôle, à boire et à consommer des drogues. Il refusait surtout de consulter et de demander de l’aide. Mon moral était au plus bas, j’étais au bout du rouleau. Je lui ai donné le numéro de téléphone de la Maison Jean Lapointe et un 25 sous pour appeler. Il a quitté la maison.

Pour moi, ce moment fut une grande déchirure, une cassure. Je demandais à mon amour de me quitter tout en le sachant en situation difficile, sans argent et sans ami digne de confiance. Je le savais démuni mais je n'en pouvais plus. J'avais tellement besoin de me retrouver, de me reposer, de faire les choses pour moi seulement, de dormir en paix...

Après quelque temps, il est revenu me voir, me disant qu’il allait faire les démarches nécessaires. C'était ma condition pour envisager de revivre ensemble. Il a pris la décision de rentrer à la Maison Jean Lapointe. Moi aussi. Je savais que j'avais besoin d’aide autant que lui. J'avais peur mais j’étais motivée pour participer au programme d’aide à la famille.


Quand je suis rentrée à La Maison Jean Lapointe…

… J'étais vraiment nerveuse. Mais j'ai tout de suite été soulagée de rencontrer d'autres personnes ayant le même problème que moi. C’est vraiment ce dont j’avais besoin. Je pouvais me raconter sans gêne et sans honte, j'étais écoutée par des gens qui ne jugeaient pas, qui me conseillaient, qui me donnaient de la force. Je ne reverrai sûrement jamais ces gens, j’oublierai sans doute leur nom. Mais je me souviendrai toujours de leurs regards chaleureux, de leur compassion, de leur écoute et de cette solidarité qui m’a fait tant de bien.

J'ai aussi beaucoup appris sur le jeu. On m’a donné beaucoup d’information, des outils, on m’a bien expliqué ce qui se passait dans la tête d’un joueur. J’ai été surprise de constater que malgré ma proximité avec le jeu, je connaissais mal la problématique. J’avais de gros préjugés, comme tout le monde. Quand on est bien informé, on a moins peur et surtout, on juge moins.

Sur le plan amoureux aussi, quelque chose était en train de se passer. Quelque chose de magnifique. Mon conjoint et moi étions ensemble à La Maison, et peu à peu, nos discussions ont repris, en douceur, sur nos cheminements respectifs. On se comprenait. On s’entraidait.


Aujourd’hui

À la Maison Jean Lapointe, j’ai appris à me donner le droit de vivre la relation avec mon amoureux, le droit de m'investir pour l’aider tout en me protégeant, le droit aussi de tout arrêter si cela devenait pénible. J'ai appris à ne plus être la victime de personne, ni de moi-même.

Mon conjoint et moi sommes revenus ensemble, nous avons repris la vie commune. Je ne sais pas où la vie nous mènera. Il y a des jours où je nous vois vieillir ensemble et d’autres où je ne vois rien. Je sais qu’il ne sera jamais « guéri », qu’il nous faudra, à lui et à moi, apprendre à vivre avec. Il m'arrive encore de vouloir le contrôler, le surveiller mais je sais maintenant que c’est lui qui décide pour sa vie, et moi pour la mienne. Tant qu’il voudra se battre, je resterai auprès de lui, je le supporterai et je donnerai le meilleur de moi-même.

Et je me dis encore que le jeu ne nous aura pas…



"J'avais peur qu'il soit seul dans son malheur,
j'avais peur qu'il en finisse avec la vie."

Micheline L.


Je me sentais responsable de ce membre de ma famille. Je voulais tellement l’aider, l’encourager à faire quelque chose de concret pour qu’il se sorte du pétrin. J’avais peur qu’il se retrouve seul dans son malheur. J’avais peur qu’il en finisse avec la vie. J’allais jusqu’à payer ses factures, ses dettes de jeu et même ce qu’il devait au prêteur sur gages. Je défendais sa réputation auprès des gens. Mais jusque-là, tout ce que j’avais fait pour lui n’avait connu aucun succès durable. J’étais dépassée, tourmentée et j’avais beaucoup de peine.

Lorsque j’ai eu l’opportunité de participer au programme de soutien à la famille, je me suis dit : « Il y aura sûrement des réponses pour moi. » J’espérais qu’on me dise quoi faire pour mieux l’aider à se reprendre en main et cheminer dans le bon sens. Il me manquait des outils.

Je suis encore émue lorsque je repense à la première session. J’ai découvert une personne, Marie-Monique pour ne pas la nommer, très empathique, expérimentée, logique et généreuse. Tout en douceur et en finesse, elle nous a clairement expliqué le jeu, le cheminement du joueur et l’impact possible sur les proches. J’ignorais tout de la dépendance au jeu et de la manipulation qui lui est associée.

C’est avec confiance et intérêt que j’ai assisté aux réunions suivantes. J’y ai découvert d’autres intervenants qui m’ont appris des choses fondamentales : que seul le joueur peut prendre l’initiative de s’en sortir, qu’il est le seul à pouvoir faire les actions appropriées. Et j’ai appris qu’il fallait d’abord que je prenne soin de moi. Et que, surtout, je lâche prise sur ce que je ne pouvais changer.

Alors j’ai lâché prise. J’ai cessé de jouer avec lui le rôle de pourvoyeur, quitte à affronter son vrai caractère. J’ai eu droit à un discours blessant et pernicieux, à des jugements et même, au procès de ma vie. Il m’a dénigrée pour mieux se valoriser... Je comprends qu’il était très malheureux et j’en suis encore très peinée.

Aujourd’hui, même si je suis triste quand je pense à lui et à tout ce que nous avons vécu, je sais que Dieu prend soin de lui. Je prie pour lui continuellement. Le reste ne m’appartient plus. J’ai lâché prise, j’ai mis mes limites et je me respecte. Si, plus tard, il s’avérait possible d’avoir une relation dans le respect et l’amitié, il sera toujours le bienvenu.

 

« Un jour, j’ai pris mon courage à deux mains
pour lui dire que lui seul pouvait prendre
la décision d’entrer en cure. Ou celle de continuer à boire. »

Ginette M.



Je voudrais parler de mon père, Paul, qui est malheureusement décédé le 31 janvier 2005. Je ne veux pas faire un témoignage en son nom, car lui seul pourrait écrire ce qu’il a vécu, mais j’aimerais raconter son histoire telle que moi je l’ai ressentie, et en même temps, exprimer ma gratitude envers la Maison Jean Lapointe. Grâce au séjour qu’il y a fait, j’ai pu vivre avec lui de belles années.

Pendant dix ans, mon père a bu continuellement, du matin au soir. Il a bien essayé de régler son problème en allant aux rencontres des Alcooliques Anonymes, mais il a senti que ça lui prenait plus que ça pour combattre cette maladie. De mon côté, je l’ai aidé comme j’ai pu. Un jour, j’ai pris mon courage à deux mains et je lui ai dit : « Toi seul peux prendre la décision d’entrer en cure, ou celle de continuer de boire ». Il était tellement démuni face à cette situation. Je lui ai donné les coordonnées de la Maison Jean Lapointe et un matin, il a téléphoné. Il y est entré le 31 octobre 1995 pour une cure d’un mois. Il avait 69 ans.

Ma mère et moi l’avons accompagné le premier jour. J’avais le cœur à l’envers. Pendant la cure, nous sommes allées passer une fin de semaine à la Maison, ça faisait partie d’un programme pour la famille. Nous ne pouvions pas voir mon père, sauf le dimanche je crois, où nous avons dîné ensemble. C’est à ce moment-là qu’il m’a dit : « Ils (en parlant des intervenants) m’ont dit de dire à ma fille que je l’aime ». Ces mots resteront à jamais gravés dans mon cœur. Très émue, je me suis levée et je l’ai embrassé tendrement. Nous avons pleuré. Mon père appartenait à cette génération d’hommes qui n’expriment jamais leurs sentiments et je savais combien c’était difficile pour lui de dire ces mots. Ce fut – et c’est toujours –, le plus beau moment de ma vie.

Pendant son séjour, il m’a téléphoné pour me souhaiter un bon anniversaire; j’avais toujours cru que c’était ma mère qui, à chaque année, était obligée de lui rappeler le jour de ma fête! Ce fut un autre beau moment que nous avons vécu ensemble.

J’ai eu le privilège d’aller le chercher à la fin de sa cure. Pendant qu’il se préparait, j’ai rencontré un intervenant et nous avons parlé de lui. Nous avons eu une discussion qui a été pour moi comme une préparation à la rencontre de l’homme sobre que j’allais voir quelques minutes plus tard. J’étais tellement contente de le retrouver comme ça. Il s’était fait de très bons compagnons. Il m’a présentée à tout le monde en disant : « voici MA FILLE ». Et ça aussi, je vais toujours m’en souvenir. Il était tellement heureux. Et moi, j’étais sur un nuage.

Jusqu’à son décès, il n’a plus jamais touché à une goutte d’alcool. C’était un homme très déterminé malgré son caractère timide.

Je suis une enfant adoptée, mes parents sont venus me chercher quand j’avais trois mois. Jamais je n’aurais pu avoir un père plus merveilleux que lui. J’ai eu une vie remplie d’amour, de bonheur et de joie.

Après le décès de mon père, j’ai trouvé tous les cahiers qu’il avait remplis lors de son séjour à la Maison. Je ne les ai lus qu’une seule fois car c’est trop émouvant. Il avait appris à exprimer ses émotions et je dois vous dire que c’était plein d’amour.

Je tenais à écrire ce témoignage car même si c’est mon père qui a fait le cheminement pour sortir de son enfer, c’est la Maison Jean Lapointe qui lui a offert le coffre à outils. Et qui m’a, du même coup, donné la chance de redécouvrir cet homme, de refaire sa connaissance et de l’apprécier à sa juste valeur.

Peut-être que j’aurais dû parler plus ouvertement à mon père de tout ce qu’il a vécu, mais moi aussi,comme lui, je suis réservée, je garde mes sentiments et mes émotions à l’intérieur. Voilà c’est dit.

 


« Moi aussi si j’avais su, j’y serais allée bien avant. Pour mon fils. »

Monique G.



C’est en 1996 que mon fils a commencé à jouer. Un jour pour lui faire plaisir, un ami nous a invités lui et moi, au casino. Ce fut le début. Plus le temps passait et plus je me rendais compte que le jeu était devenu un problème pour lui. Il me disait pouvoir se contrôler, mais… les mois passaient et il perdait de plus en plus. Je vivais dans un état d’inquiétude perpétuel, le harcelant de questions au sujet de ses sorties ou de l’argent dépensé. Quand il a commencé à montrer des signes d’égarement, d’inattention et d’absence, j’ai craint qu’il ne se suicide.

Quant à moi, j’avais honte. Jamais je n’osais aborder le sujet avec qui que ce soit car je craignais de ne pas être comprise. Pendant des années, j’ai donc vécu seule avec mon terrible secret.

Un jour, mon fils a fini par m’avouer qu’il avait besoin d’aide, qu’il fallait que ça arrête. Je lui ai conseillé d’aller à la Maison Jean Lapointe. Il a continué à jouer un moment et chaque jour, je priais pour qu’il se passe rapidement quelque chose. Et c’est arrivé. Il est venu s’asseoir à côté de moi et m’a dit : « M’man, j’ai deux nouvelles à t’annoncer, une bonne et une mauvaise. La bonne, c’est que je rentre à la Maison Jean Lapointe. La mauvaise, c’est que je ne pourrai pas être là pour ta fête. »

Toute ma vie, je vais me souvenir de ce moment-là! Je ne peux même pas exprimer le bonheur et l’espoir que j’ai ressentis. Je lui ai dit : « C’est le plus beau cadeau que tu puisses te faire, et à part ta naissance, c’est le plus beau cadeau que j’ai jamais eu. C’est mon plus beau cadeau de fête! ». Le matin de son départ, il est venu déjeuner avec moi et quand il est parti, j’avais la certitude qu’il reviendrait conscient de sa maladie, qu’il s’en sortirait. Je voulais tellement qu’il se fasse davantage confiance. Moi, je croyais très fort en lui.

Quelques jours plus tard, il m’a téléphoné pour me demander si je voulais moi aussi entrer à la Maison Jean Lapointe : « ils reçoivent les familles, je peux donner ton nom? » Bien sûr que je voulais y aller! Tout se passait bien pour lui. Il m’a même dit que s’il avait su, il y serait allé bien avant.

Le jour de mon arrivée, je ne savais vraiment pas à quoi m’attendre, j’allais vers l’inconnu. La seule chose que je savais, c’est que je voulais aider mon fils. Je me sentais un peu comme lors de ma première journée d’école, quand j’étais enfant et que je cherchais du regard le sourire rassurant de ma mère. Là, j’ai vu la Maison Jean Lapointe et ça m’a fait le même effet : j’ai su que tout allait bien se passer.

Une grande aventure humaine m’attendait. J’ai été reçue chaleureusement. Moi aussi si j’avais su, j’y serais allée bien avant. Pour mon fils. Et pour moi. J’ai rencontré des gens extraordinaires, comme Marie-Monique. Ici, jamais aucun jugement sur personne, que de la compréhension et de la chaleur humaine. À chaque semaine, j’ai rencontré des gens qui avaient le même but que moi : comprendre et s’équiper d’outils pour aider un proche. Un proche qui a un problème et qui souffre. J’ai appris beaucoup de Marie-Monique et aussi des autres, de ceux qui ont raconté leur histoire. Et quelle libération de pouvoir enfin partager mon secret, quelle délivrance!

La journée où mon fils est sorti, nous sommes allés au restaurant. Ça faisait des années que je ne l’avais pas vu comme ça, si bien. Il était calme et joyeux, comme avant. Je lui ai demandé comment il se sentait, il m’a répondu : « M’man, c’est comme si j’avais pris une douche et que tout avait disparu. »

Maintenant tout va bien, je sens mon fils heureux. Je le félicite pour son courage, sa détermination et sa ténacité. Et je suis heureuse.





btn_appelez_4

Écrivez-nous pour
information ou admission






Témoignages


Le jour où je suis entré à
la Maison Jean Lapointe